Si l’on considère que l’informatique professionnelle à démarré à la fin des années 60, je me suis posé la question si le profile du DSI type a changé durant ces quarante dernières années ?
1970-1990 : L’ère des pionniers
C’était la grande époque, féodale, des Grands systèmes ou Mainframes, où régnaient sans partage des constructeurs d’ordinateurs comme IBM, Digital, Bull, Univac, Burroughs, Unisys, HP…Une des principales responsabilité du DSI était alors de choisir la marque de sa machine et il héritait de tout l’environnement qui allait avec, comme les logiciels, les unités de stockage externes et les périphériques associés. Tel un bâtisseur, le DSI construisait ses applications brique par brique en partant du Hardware. D’ailleurs les langages de programmation était très spécifiques et proche du langage machine. Puis peu à peu le Cobol s’est imposé comme le langage évolué de référence pour développer des applications de gestion.
C’était le bon temps dirait certains nostalgiques où les informaticiens incarnaient à la fois, jeunesse, modernité et avenir. Le DSI devait à la fois un être un excellent technicien pour dominer la « Bête » tout en étant à l’écoute des métiers qui allaient bénéficier d’une promesse d’amélioration de productivité substantielle. C’est ainsi qu’ont été conçues et développées de grandes chaînes applicatives dont bon nombre d’entre elles fonctionnent toujours. Ce succès avait engendré de nouveaux métiers en pleine expansion tels qu’Analyste, Analyste-programmeur, programmeur ou opérateur de saisie. Fort de cette dynamique et au regard des bons résultats affichés, le DSI obtînt carte blanche pour développer d’avantage son art au sein de l’entreprise. Et c’est à ce moment que les choses ont commencé à se gâter… En effet, alléchés par des budgets de plus en plus conséquents, nos constructeurs ont essayé d’enfermer techniquement leurs clients en inventant des produits spécifiques à chaque machine et créèrent ainsi délibérément un système féodal.
L’informatique devenait une industrie et elle avait besoin de standards ou de normes et le DSI le comprit. Bien qu’il y ait eu quelques initiatives en la matière à travers l’ISO, rechercher un système de Normalisation tournait vite à la quête du Graal. Et pourtant, l’an 2000 approchant avec son fameux bug qui terrorisait les directions générales, le calendrier des autres échéances importantes telles que la mise en place de l’euro et la conformité aux nouvelles règles comptables avec SOX pressaient nos DSI à trouver rapidement des solutions.
1995-2008 : l’ère des DSI « Architectes-Intégrateurs »
Pourquoi Architectes ? Parce qu’ils avaient un cahier des charges très précis au regard de nouveaux chantiers tout en tenant compte de plus de 30 ans d’héritage. C’est à cette époque que l’on a évoqué pour la première fois la notion d’urbanisation des SI.
Pourquoi Intégrateurs ? Parce qu’il fallait faire vite, car il n’y avait pas le temps de tout redévelopper « à l’ancienne », les échéances étant immuables, l’an2000 approchant accompagné de la paranoïa du Bug, le moyen le plus judicieux était alors de se tourner vers des offres de type progiciels de gestion intégré (PGI) dont le principal avantage était d’industrialiser le développement de nouvelles applications en un temps record.
Malgré la réticence de certains DSI qui trouvaient ses PGI lourds à mettre en œuvre et peu flexibles, la pression de la part des directions générales fortement appuyée par les grands cabinets de conseil, était trop forte. La seconde vague était lancée avec de nouveaux entrants, SAP, BAAN notamment et compte tenu des enjeux économiques et financiers une bulle s’est crée autour de ses produits et qui fait encore aujourd’hui très bien vivre les gros acteurs du marché éditeurs, SSII ou cabinet de conseil. Oui mais voilà une difficulté supplémentaire est venue surprendre tout ce beau monde bien policé : Internet.
Et on retrouve nos laborieux et valeureux DSI au milieu de ces deux phénomènes l’avènement de l’ERP d’un part et l’explosion de l’Internet d’autre part. On ne le dit jamais assez, mais l’intégration d’Internet au sein de nos entreprises a été une formidable prouesse de la part de nos DSI Intégrateurs. En effet, Internet était un concept totalement différent et nouveau que peu d’informaticiens professionnels maîtrisaient, de plus Internet révolutionnait totalement la relation de l’entreprise avec le monde extérieur. Et enfin, il a donné naissance à une véritable économie numérique grâce notamment au WEB2.0 qui est arrivé par la suite.
Concernant l’ERP, je reste très circonspect sur le résultat final, pourtant le travail des DSI a été énorme mais ils se sont rapidement trouvés enfermés dans des systèmes bien trop structurants dont la flexibilité et les évolutions nécessaires à la demande sont d’un autre temps. Après 10 ans de recul et de nombreuses études, on ne peut malheureusement que constater les dégâts :
-Investissements très lourds, bien au delà des prévisions initiales
-La valeur ajoutée apportée aux métiers n’est pas toujours au rendez-vous
-Les ROI ne sont pas satisfaisants dans la plupart des cas
-Immobilisme de la DSI face aux demandes de plus en plus nombreuses des utilisateurs
-Décrédibilisation d’une profession, jusqu’alors bien reconnue
Le DSI se sentant piégé va tenté de trouver des solutions de contournement telle que l’externalisation ou encore l’Offshoring des compétences. Hélas ce n’est pas le bon remède pour le long terme et cela engendre d’autres problèmes.
Pour s’en sortir, le DSI a besoin d’évoluer en s’appuyant sur les points forts de ce qu’il a déjà accompli :
-utilisation de méthodologies efficaces pour construire se projets et les mettre en œuvre
-Industrialisation du développement de nouvelles applications et de la maintenance de l’outil existant
-Intégrer des nouveaux standards et notamment des standard de fait, lorsque cela est pertinent
Et il a besoin désormais d’acquérir d’autres savoirs faire et compétences afin de devenir un « DSI Entrepreneur »
De 2008 à …. : l’ère des DSI Entrepreneurs
Il aura la charge d’au moins 3 objectifs stratégiques :
-Participer à la définition des règles de gouvernance de l’entreprise
Il devra bien évidemment acquérir les compétences nécessaires à comprendre la finance des entreprises pour se détacher de son sacrosaint Budget et gérer ses investissements au regard de ratios financiers de rentabilité. Avec cette approche, il pourra définir de nouvelles pratiques en termes de stratégie fournisseurs, achat, gestion de personnel ou investissement.
-Démontrer sa capacité à créer de la valeur
A l’image d’un EasyJet ou Google, le DSI devra contribuer à apporter un avantage compétitif ou de productivité. La qualité du service rendu devra être dans bien des cas sans faille.
-Être un Catalyseur ou un leader
Il sera le chef de nombreux chantiers de transformation et aura une responsabilité opérationnelle directe et totale sur l’ensemble de ces activités dont il devra rendre compte.
Il devra allier des compétences technologiques (sa matière première) et Métiers (son savoir faire). L’analogie qui me vient est celle d’un chef cuistot qui doit à la fois maîtriser la qualité de ses ingrédients de base et la batterie de compétences et métiers différents dont il a besoin pour concocter un plat réussi.
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