
La nouvelle est arrivée, dimanche soir dernier, telle un coup de tonnerre mais au fond, ce ne fût une surprise pour personne :
- BO était à vendre, tout le monde le savait, et la lutte de Bernard Liautaud, son fondateur, pour préserver l’indépendance de sa société a été vaine. Le preux chevalier (il ne doit plus en rester beaucoup désormais) a dû capituler devant le renoncement de ses propres actionnaires et s’incliner face à la puissance financière de la bande des Quatre (SAP, IBM, Microsoft et Oracle)
- Qui d’autre que SAP, pouvait se permettre de mettre 4,8 Milliard de dollars pour contrer son concurrent le plus proche : Oracle
Bien que la plupart des acteurs de l’écosystème, aussi bien les fournisseurs que les clients, se résignent à ce phénomène de rapprochements, il est intéressant de réfléchir sur les causes, les motivations, les conséquences et la pertinence d’un telle concentration du marché.
On peut tout d’abord noter que l’industrie du Logiciel est devenue un marché à forte volumétrie (quelques dizaines de Milliard d’Euros) et que l’émergence de standards a favorisé une concentration des différents segments qui composent ce marché.
De plus si l’on examine les caractéristiques communes des principaux prédateurs, la bande des quatre, on s’aperçoit qu’un des facteurs clé de succès est la maîtrise des infrastructures et paradoxalement c’est un domaine qui est de plus en plus banalisé du fait de la standardisation des technologies.
Et la pertinence dans tout ça ? Quels sont les bénéfices pour les utilisateurs ou clients ?
De quelles menaces faut-il se prémunir ?
Un nombre restreint de fournisseurs qui propose l’ensemble des composants du SI avantage-t-il les clients ? Au premier abord, on aurait tendance répondre « oui » en espérant que ces mêmes éditeurs prennent en compte les problèmes d’interopérabilités qui occupent d’après le CIGREF presque 50% du temps des informaticiens.
A cette réponse, s’opposent deux arguments de poids :
- Le rachat de différents produits ne garantie en aucun cas une bonne interopérabilité entre eux.
- L’informatique est, par essence, une activité qui doit gérer cette interopérabilité engendrée par des besoins qui apparaissent au gré de l’évolution des entreprises. Et comme l’informatique prend une place prépondérante au cœur de la chaîne de valeur des sociétés, je ne vois aucune offre d’un éditeur, aussi complète soit-elle, résoudre ou répondre de façon précise à des problématiques « métier ». Et c’est bien le rôle du DSI d’apporter sa contribution en la matière.
Pour cela, il doit être « Libre » : de ses choix d’infrastructure tout d’abord et aussi de la mise en œuvre des services applicatifs.
Or, une domination trop importante de la bande des quatre aurait un effet contraire car chaque protagoniste cherchera à protéger outrageusement ses conquêtes en évitant justement l’interopérabilité de ses composants avec d’autres systèmes. On reviendrait alors au même schéma que pendant les années 70 où l’on choisissait son constructeur d’ordinateur préféré (Bull IBM,Digital…).
La menace de voir apparaitre à nouveau une Informatique organisée en silos est réelle et engendrera un effet néfaste sur l’innovation.
Comment se prémunir ?
- Influencer, en maintenant un dialogue avec ses Editeurs dominants. A ce titre le Cigref s’est engagé dans cette voie depuis quelques années et à remporter un certain nombre de succès, vis-à-vis de Microsoft notamment.
- Favoriser l’ouverture, en adoptant dès que cela est possible les technologies Open Source.
- Encourager les autres éditeurs qui savent se montrer innovants et pertinents. Etre capable de rémunérer correctement ces sociétés qui apportent une réelle valeur ajoutée. Sans réinventer la notion de commerce équitable, évitons de jeter en pâture ces entreprises, aux directions des achats parfois impitoyables qui font le jeu des gros Editeurs de logiciels.
L’informatique évolue, s’industrialise et se professionnalise et c’est un bien pour tous les acteurs.
Soyons simplement vigilants sur des effets de bords néfastes pour l’Interopérabilité, chère à tous.
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